La Psychomotricité, c’est quoi ?

Extrait du profil professionnel du psychomotricien (cf. UPBPF) : « A partir de son engagement corporel et du dialogue tonicoémotionnel avec son patient, le psychomotricien s’emploie, par des compétences techniques et relationnelles, à construire avec lui des expériences corporelles qui lui permettent d’instaurer ou de restaurer le lien entre le somatique et le psychique. »

La psychomotricité considère la personne dans sa globalité, fait le lien entre corps et esprit, prend en compte la vie psychique de l’enfant en y intégrant la dimension corporelle. Elle ne prend pas les faiblesses de la personne comme base, mais ses potentialités, et le psychomotricien travaille d’abord le plaisir dans le mouvement et dans la relation, au travers du vécu corporel, du ressenti, dans un respect et une confiance réciproques. Il permet aux difficultés du patient « à être au monde » de prendre forme, de s’inscrire dans un jeu de représentations mentalement manipulables et communicables (« (re)mise en jeu du Je »), afin de viser un mieux-être psychique et physique : via l’expérience positive de son corps et de son environnement, au travers d’une relation sécurisante, accompagner l’enfant pour qu’il « se sente bien (mieux) dans sa tête, dans son corps et dans son cœur ». La psychomotricité vise donc l’épanouissement personnel du bénéficiaire, la construction de son identité propre.

Le matériel proposé est varié et favorise l’expression et la créativité, mais « l’outil » principal est la propre corporéité du psychomotricien en lien avec celle du patient. C’est un métier qui est caractéristique par son engagement du corps dans la thérapie.

Des psychomotricités ? LA Psychomotricité !

Lors de mes différentes formations, j’ai pu expérimenter tant la psychomotricité fonctionnelle que relationnelle. Aujourd’hui, je constate que les deux approches ne s’excluent pas. Cela dépend de la sensibilité du psychomotricien (mon cœur penche clairement du côté relationnel, il est vrai), de sa formation et de la problématique qui lui est proposée. Ainsi, suivant la situation, il n’est pas inintéressant de cumuler ces deux approches de la psychomotricité.

L’une, plutôt fonctionnelle, consistera davantage à guider l’enfant au travers de consignes afin de pallier aux difficultés psychomotrices auxquelles il peut être confronté. L’autre, relationnelle, s’appuie à la fois sur les aspects corporels, affectifs (émotions, angoisses, ressentis) et relationnels (avec les objets, le temps, l’espace, les autres, sa relation à lui-même), pour aider les enfants qui ont des difficultés à s’adapter à notre société pour diverses raisons. Cette deuxième approche (et donc celle que je pratique au quotidien) part du jeu spontané de l’enfant, sans orienter ni induire mais en sous-titrant car le patient tient une part active dans le processus (le psychomotricien joue « pour » et non « avec »).

L’intérêt du jeu spontané ? L’enfant, en jouant, dit sa manière d’être au monde. Le jeu métabolise les émotions, angoisses, désirs, refus, demandes, inventions, fantasmes, permet de mettre en dehors de lui quelque chose de son monde interne, favorise le développement intellectuel et social, invite à la créativité pour réactualiser sa problématique.

J’aime beaucoup cet extrait d’un livre de Catherine Potel, psychomotricienne française, pour illustrer ce point : « On construit d’abord les fondations et les murs d’une maison, le corps. Puis on vit à l’intérieur. On joue dedans. Plus la construction est solide, plus l’habitation sera confortable. Les événements, les peines, les joies, les chagrins, les conflits, toutes les nuances émotionnelles de la vie pourront s’y déployer sans crainte d’un effondrement. Les événements extérieurs auront d’autant moins de prise sur l’individu que la construction sera solide. »

Les séances en bref (ou presque !)

Nous pouvons scinder ces séances en trois moments distincts : le rituel de début, la séance puis le rituel de fin. Ces rituels sont toujours les mêmes par groupe, mais différents entre eux en fonction des tranches d’âge ou lorsqu’il s’agit de suivi individuel, afin qu’ils soient le mieux adaptés possible. Le local et le matériel présent sont toujours les mêmes, dans un même cadre, ce qui sécurise les enfants.

Concrètement, pour le rituel de début, il s’agit pour les enfants d’être accueillis. Pour les groupes des plus petits, une marionnette intervient pour se dire bonjour en chanson. Pour tous, c’est un espace de parole libre, où chaque enfant peut exprimer quelque chose du quotidien ou ce qu’il souhaite mettre en jeu pendant la séance. Les règles sont également rappelées pour tous et le top départ est lancé !

Dans un premier temps de séance, les enfants sont dans la découverte du matériel, dans une décharge motrice et sensorielle. Cela se fait sous la bienveillance de l’adulte. Celui-ci se place soit debout afin de représenter davantage la sécurité et d’avoir une vision périphérique de ce qui se passe dans toute la salle, soit assis pour diminuer l’excitation, accompagner des enfants davantage au sol par exemple.

Au fur et à mesure, il y a ébauche de jeu, d’expérience sensorielle. En fonction du niveau de l’enfant, nous allons être dans le sensoriel, le présymbolique ou le symbolique, mais l’important est que tout cela se fasse dans un plaisir partagé. Pour y parvenir, l’accompagnement de l’adulte varie : il accompagne parfois l’enfant à travers des mots, parfois en le regardant, en étant « juste » à côté de lui, parfois en étant accompagnateur de ses découvertes sensorielles, motrices ou symboliques.

L’adulte peut par exemple faire des propositions aux enfants en fonction de leurs besoins, de leur état émotionnel. Les maisons permettent une protection, une contenance, un échange avec l’autre. Chaque maison construite est différente suivant le projet de l’enfant. En effet, celle-ci illustre sa manière d’être au monde, de se concevoir, d’élaborer. Et généralement, durant les séances, les enfants, d’une manière ou d’une autre, en viennent à travailler leurs difficultés.

Le matériel que nous utilisons est un matériel neutre, ce qui permet à l’enfant d’y projeter ce qu’il souhaite, suivant ses besoins. Avec un même matériel, nous pouvons faire une maison, mais également des tours, des murs, etc.

Le rituel de fin, lui, permet de prendre un temps de rangement, de détente puis de recul par rapport à ce qui vient de se vivre. C’est aussi, abordé différemment suivant les tranches d’âge, un temps de représentation, de chansons, d’au revoir.